dimanche 31 juillet 2011

L'égo dans le frigo

Le réfrigérateur a des allures de placard cubique blanc et froid. Des allures seulement. En réalité, cette machine est une conteuse d’histoires. La photographe Stéphanie de Rougé a découvert qu’ouvrir et observer le réfrigérateur de quelqu’un revient à faire sa radiographie, dépecer son intimité, dresser son portrait psychologique. Montre-moi ton réfrigérateur et je te dirai qui tu es.

Les tons roses de la photographie de la famille suédoise Englund se retrouvent à l’intérieur de leur réfrigérateur ; Aurore François affiche un camaïeu de bleu dans sa garde-robe et… dans son réfrigérateur. Timothée Spitzer a un réfrigérateur aussi parfaitement rangé que sa chemise est bien repassée… La série de photographies « In Your Fridge » de Stéphanie de Rougé, tirée de son étude (« In Your… ») sur l’intimité dans les grandes villes, ne manque pas de pittoresque.

La modernité enfante de bien étranges phénomènes ! Il semblerait qu’à notre époque, dans les espaces urbains, il n’y ait pas d’objet plus impudique que le « frigo ». « Beaucoup de gens préfèreraient mille fois montrer leur sous-vêtements que de montrer l’intérieur de leur réfrigérateur ! », s’exclame la nutritionniste Marissa Lippert, quand nous lui apprenons que Stéphanie a essuyé de nombreux refus en photographiant les réfrigérateurs. « Le réfrigérateur est un coffre privé : il a une porte opaque, fermée, qui le sépare du reste de la pièce. L’ouvrir revient à s’exposer aux critiques, et qui aime cela ? », surenchérit Paulette Goddard, professeur au département Nutrition de la New York Univertsity. Ceux qui ont accepté d’ouvrir les portes de leur réfrigérateur se sont d’ailleurs immédiatement justifiés : « je n’ai pas eu le temps de faire les courses cette semaine », « je pars bientôt en vacances », ...

Pourquoi tant de gêne lorsqu’il s’agit de ce que nous mangeons ? « Le sentiment de culpabilité est inextricablement lié à la nourriture », explique la psychologue Andrea Jewell, spécialiste des troubles alimentaires. « Surtout chez les jeunes mamans, puisqu’elles ont le rôle symbolique de mères nourricières. Le nombre de théories sur le régime applicable aux nourrissons est symptomatique de cette peur de mal faire ».

La culpabilisation autour de la nourriture se retrouve aussi dans l’espace public. Et la question de l’alimentation, à travers les thèmes médiatisés de l’obésité ou de la nourriture bio, flirte avec la responsabilité civile. L’heure est à l’éducation des citoyens, comme avec la campagne « Mangez Bougez ! 5 fruits et légumes par jour ». Or, la réalité du quotidien des citadins s’oppose à cette politique : ils ont de moins en moins le temps – quand ils ont l’argent ! – de faire des courses équilibrées et de cuisiner. Et les consommateurs répondent au stimulus du marketing des entreprises de l’agro-alimentaire. Marketing qui renvoie vers des produits peu variés et prêts à consommer.

L’imprégnation de notre alimentation et de nos passions est bel et bien réelle. Erika Lade, inscrite au programme Food Studies de Paulette Goddard, explique que la recherche en sociologie alimentaire est un exercice passionnant et passionné : « Pendant les cours du Master, même quand l’approche du professeur est scientifique, les étudiants racontent leur vie. La question de la nourriture est tellement intense ! Elle est lié à notre passé, à nos sensibilités ».

Tous les spécialistes insistent sur l’émotion qui entoure l’acte de l’alimentation, sur sa « sensualité ». Cuisiner est un acte sensuel. Toucher la nourriture, la transformer, donner du goût… Partager cette nourriture est sensuel. La linguistique n’accorde-t-elle pas aux mélanges des saveurs des vertus « orgasmiques » ? Stéphanie de Rougé a trouvé des mots d’amour sur des post-its dans des réfrigérateurs français. Charmaine Landicho-Baechle, Philippino-Suisse extravagante de 38 ans qui vit à New York, a érigé un véritable autel à l’amour dans son réfrigérateur : une poupée Barbie nue prend le thé avec des porte-bonheur en forme de coccinelle ! « C’est un clin d’œil quotidien à l’homme que j’aime », explique-t-elle.

Alors qu’elle est nutritionniste (et non psychologue), Marissa Lippert avance que 80 % du temps ses patients lui racontent des détails personnels de leur vie. La psychologue Andrea Jewell précise que même les patients qui n’ont pas de troubles liés à l’alimentation se retrouvent à parler de leur comportement alimentaire. Le rapport à la nourriture dans nos sociétés serait obsessionnel. Et les réfrigérateurs racontent ces histoires d’obsessions.

« J’ai rencontré des patients qui classaient leur frigo par couleur ou par familles de calories », raconte Andrea Jewell. Pellicules photos, parfums, médicaments sont des objets qui se trouvent souvent dans les réfrigérateurs, pour des raisons de préservation. Les vêtements d’Aurore François, créatrice de bijoux à Paris, côtoient un pamplemousse. La soie et le cachemire se conservent mieux au frais. Les fantaisies se déclinent, plus ou moins insolites : passeport (pour être sûr de ne pas le perdre), carte bleue (pour ne plus dépenser), drogues, Viagra, miroir, … Pas étonnant que notre placard à lubies finisse par nous ressembler, jusque dans l’esthétisme. Et quand nous croyions avoir accouché d’un paradigme révolutionnaire - « donc le réfrigérateur est le miroir de l’âme ! » - Paulette Goddard nous refroidit. « Ah bon, vous croyez aux âmes vous ? ».


Article paru dans Le Monde Magazine.

Le discours d'un roi: camera non oscura

Le discours d’un roi est un film très bien écrit, excellemment interprété, dont le thème original couillu est parfaitement assumé (la petite histoire du bégaiement dans la grande Histoire du début de la seconde guerre mondiale). Nous saluons cette réflexion subtile sur fond de fiction fantaisiste sur le pouvoir des mots. Seulement, voilà, il se trouve qu’un intrus est venu tirer les ficelles de la mise en scène. Et cet intrus - la caméra - décide de beaucoup.

L’œil qui filme les affres linguistiques du roi George VI est omniscient. Il est complice des personnages, imprégné de leur sentimentalité. La caméra de Tom Hooper est le narrateur bavard de cette histoire très symbolique et prédictible.

Quand le roi subit son frère, son père, sa mère, trop prompts à se railler de son handicap, la caméra est plongeante. Elle indique ainsi, assez lourdement, que le ressenti du roi est d’abord l’écrasement. Au fur et à mesure que sa majesté s’émancipe et gagne en confiance, la caméra se redresse, devient frontale, et finit par filmer en contre-plongée le discours final expiatoire. Ce mouvement vertical de prise de vue qui sert la subjectivité est très utilisé aux Etats-Unis. Il permet l’identification au personnage, un des ressorts favoris du cinéma américain.

Le discours du roi, en décidant d’avoir une caméra subjective, s’expose encore plus au risque de manichéisme déjà propre aux films en costumes focalisés sur un héro. Seul le fantaisisme aurait pu éviter ce manichéisme visuel (comme le fantaisisme des frères Cohen), mais la fantaisie du Discours d’un roi est trop timide (trop anglaise ?).

En ce qui concerne la subjectivité de la caméra, la question mérite d’être posée : quel est l’intérêt de tenter le spectateur de s’identifier à un roi bègue ? Est-il possible de laisser aller son empathie jusqu’au point de se prendre pour le père de l’actuelle reine Elisabeth ? La royauté n’est-elle pas justement appréciée (quand elle l’est) parce qu’elle force la distanciation ?

Autre exemple de parti-pris de la caméra : pour souligner la raideur de la royauté, les scènes en famille sont filmées en grand angle. L’image, statique, confère un sentiment d’austérité. Encore une fois, la caméra raconte une histoire que l’on connaît déjà.

Beaucoup de spectateurs ont déploré la prédictibilité du film. S’ils n’avaient pas été pris par la main par une caméra pédagogue, la visualisation du Discours d’un roi aurait certainement été plus épatante.

Heartbeats and the aesthetics of a generation

In addition to being a cinephile’s tribute (to Wong Kar Wai’s slow motion, Almodovar’s colors and Truffaut and Godard’s fashions…), Heartbeats is also a visual interpretation of modernity.


So familiar are we with the whole vintage phenomenon -through our peculiar excitement for the arcane and our glorifying of decline- that we sometimes forget to take notice of it. Not Xavier Dolan, a film genius who hails from Quebec. His camera, neither moralizing nor complacent, captures the hybrid aesthetic heritage of the present generation.

Dolan’s heroine, the disarming yet stylish Marie (played by Monia Chokri), embodies beautifully the meeting of past and modernity. She goes out, drinks, smokes, has all the concerns of a modern woman, and sleeps with men she despises. Through her passion for clothes and for 60s design, she is firmly rooted in the past. Her Paul&Joe-clad contemporaries mock her penchant for retro fashions: « They say I look like a 60s housewife », she tells her best friend Francis (played by Xavier Dolan himself). His answer: « Your dress is rather anachronistic ». She insists: « But it’s vintage! ». « Yeah, well, that doesn’t mean it looks good! ».

While Marie’s love of all things old is perhaps excessive (she sends a love letter sealed with wax), Francis embodies a more complex appropriation of the past. A James Dean wannabe with a dubious quiff, he wears London-preppy pants and Paul Smith sweaters. His style is subtly old-hat, but sufficiently pure to still be modern. His rigidity and freshness are reminiscent of Tom Ford’s darlings.

Marie and Francis are in love with the same man, Nicolas. Nicolas is not as trendy as them, with a shapeless t-shirt that droops over his shoulders and baggy trousers. He is the fallen angel, a fair-skinned pretty boy that Rohmer might have cast in (…) He comes from the back country, is immune to influences and is definitely the character whose appearance is the most timeless. The scene, in which Marie and Francis show each other their gifts for Nicolas (a straw hat and an orange cashmere sweater) symbolizes the transfer of influence through objects.

The variety of aesthetic infuences is even more potent in the sets: the kitsch backdrop of the hair salon where Francis tends to his quiff, the entrance of the old neighborhood theater, are in contrast with the grungy interiors of student apartments, louche Japanese restaurants and the blue disco wig of the girl who hits on Nicolas.

Knowing hommage to the New Wave or record of the retro habits of young people in the 21st century? The line is blurry. It is precisely the clash of filmic references that reveals in Dolan’s work an eclectic sense of aesthetics; a knowing synthesis of folk, pop, rock and electro. Of course, it is the portrait of group within a generation (urban hipsters), and in that sense it is limited. But in an epoch where design and fashion have become way mroe democratic, at a time when the turntable is rivalling the ipod, who really is safe from being labelled a retro-hipster?

Rencontre avec Romain Bernadie James

Photographe pour Technikart et Jalouse, portraitiste hors pair, Romain Bernardie James planque sa pudeur dans son appareil. Il en ressort une grande franchise et une mélancolie dans ses clichés. On aime les envies de voyage et les facéties de Romain. Rencontre avec un affranchi en quête… d’Opinel.

Qu’est-ce qui t’attire dans la mode ?

Romain Bernardie James : Bah les mannequins, le champagne, la drogue et les blogs bien sûr… Plus sérieusement, la mode, j’en suis revenu. J’ai travaillé dans des compagnies très impliquées dans la mode, pour des magazines de mode. Aujourd’hui je prends un peu de recul sur tout cela. Je ne suis pas dépendant financièrement de tel magazine ou de telle marque qui m’appellerait pour faire un lookbook ou une série. Désormais j’ai ma propre compagnie, donc je peux faire plus de choses que j’aime vraiment (comme prendre des photos de vieilles bécanes, faire du documentaire et traiter des sujets avec plus de profondeur). Je fais encore des commandes commerciales de temps en temps pour le fun, mais ce n’est pas ma priorité.

Le projet And We Drink And Drown, c’est quoi ?

R. B. J. : C’est un petit blog où je poste un peu de ma vie de tous les jours et les projets en cours. C’est aussi un petit livre avec des cartes postales qui a été édité par Ofr l’année dernière.

Tes modèles féminins semblent assez autoritaires. La femme moderne fait peur ?

R. B. J. : Oui! C’est là toute la fonction intéressante de la mode !

Quel est l’artiste en qui tu aimerais te réincarner ?

R. B. J. : Je suis catholique, je veux juste profiter de tout ce que Dieu a prévu pour moi là haut si je suis bien sage… Par contre j’espère que les artistes que j’admire ont été sages aussi et qu’on pourra un peu discuter ensemble, après la vie.

L’endroit que tu rêves de photographier ?

R. B. J. : C’est fluctuant, mais en ce moment je regarde beaucoup l’Islande sur les sites de voyage…

L’objet de ton désir ?

R. B. J. : Je suis un grand fétichiste. Je fétichise particulièrement sur les livres et plein de petits objets anciens. J’aimerais bien avoir un couteau que quelqu’un aurait sculpté pour moi. Mon grand-père faisait ça quand j’étais enfant : à tous les gens qui lui rendaient service, il sculptait le manche d’un couteau Opinel. Mais malgré tous les après-midis que j’ai passé à l’aider, mon grand-père ne m’en a jamais sculpté un pour moi. C’est donc devenu un objet symbolique que j’aimerais vraiment posséder.

Si tu vivais aux Etats-Unis : New York ou San Francisco ?

Plutôt une petite maison un peu en retrait de Los Angeles où je pourrais inviter mes amis et vivre en autarcie.

PAS : Où peut-on te trouver le lundi matin à 8h ?

Si tu as vraiment de la chance, à mon bureau. Quand tu ouvres la porte, c’est celui qui est sur la gauche, je suis là regarde, avec mon thé et mes croissants.


vendredi 19 novembre 2010

Et vous, que voulez-vous faire avant de mourir ?



Les photographes Nicole Kenney and Ks Rives ont décidé de rendre formelle la perception de la mort au travers de polaroïds testamentaires… Les citoyens Américains et Indiens qu’elles ont rencontrés ces deux dernières années ont répondu à la question directe “What do you want to do before you die?” (« Que voulez-vous faire avant de mourir ?») en écrivant la réponse sur leur polaroïd.

Cette collection de portraits un peu jaunis (qu’on verrait bien sur la table de nuit d’Amélie Poulain) montre quelques centaines d’hommes et de femmes pris en flagrant délit de pragmatisme aigu (« devenir riche », « m’acheter un nouveau scooter », « porter tous les vêtements de mon dressing »), d’idéalisme (« mettre un terme au racisme », « sauver les pauvres ») de mysticité (« trouver Dieu », « mourir à nouveau, la première fois était tellement merveilleuse »)… Les 2/3 des sondés ont opté pour un lyrisme plus tiède : « vivre heureux entourés de ma famille et de mes amis ».
En même temps qu’elle est la quintessence de l’universel (les habitants du monde entier y sont confrontés), la mort est culturelle : la perception qu’un individu a de sa propre mort renseigne sur sa culture, sur les valeurs de son pays. Nicole Kenney et Ks Rives, qui ont respectivement étudié la sociologie et la psychologie, expliquent que les Indiens et les Américains ont un rapport très différent à la mort : les premiers sont individualistes, expriment principalement des souhaits individuels et cherchent l’originalité dans leur réponse ; les seconds, plus communautaires, se concertent avant de répondre et font des vœux collectifs.

La partie « Hospice » de l’étude “What do you want to do before you die?” a une dimension plus grave : dans un hôpital, des malades photographiés avec des tuyaux dans la bouche livrent leur dernier rêve de vie. Une série de photos dans les prisons devrait venir étoffer ce volet plus somatique sur la perception de la mort, qui aurait mérité, disons-le, un vrai support écrit.

Nicole Kenney et Ks Rives travaillent sur l’avenir du projet : dans dix ans, elles retourneront voir les personnes qu’elles ont interviewées pour vérifier si celles-ci ont accompli leur rêve. Les polaroïds pris au Japon, au Brésil, en France et en Italie devraient bientôt être mis en ligne sur un nouveau site interactif : chaque sondé pourra créer sa page, actualiser son profile. Le facebook du rêve en somme. Saluons l’ironie de ces deux chercheuses de désirs qui traitent de la mort - le sujet - par la photographie - le medium qui immortalise.

http://www.beforeidieiwantto.org/about.html

Romain Duris aux Etats-Unis : « Les rôles de French Lover ne m’intéressent pas »

A 36 ans, Romain Duris fait l’objet d’une rétrospective au prestigieux BAM de New York. Les contrastés « Chacun cherche son chat », « Le péril jeune » et « De battre mon cœur s’est arrêté », y seront diffusés fin août-début septembre. Nous avons rencontré Romain Duris à l’occasion de l’avant-première new-yorkaise de l’Arnacoeur, qui sortira en salle aux Etats-Unis le mois prochain. Naturel et facétieux, le self-made actor nous a livré ses craintes et ses rêves… américains.

Quelle difficulté vous a posé le rôle d’Alex dans l’« Arnacœur » ?

Romain Duris : Pascal Chaumeil a eu l’intelligence de se servir des tempéraments des acteurs pour faire vivre chaque moment de son film. Nous avons donc tâché de donner corps aux personnages. J’ai cherché à casser le côté formaté de cette comédie. Nous ne voulions pas d’une comédie calibrée, écrite pour faire rire.

Les comédies romantiques américaines sont souvent grandiloquentes. Ne craignez-vous pas que « Heartbreaker » made in USA soit excessif ?

Romain Duris : Un des auteurs du scénario, Jeremy Doner, est américain. Donc un remake de « L’Arnacœur » par les américains, dans ces conditions, est un simple retour à l’envoyeur ! Je ne sais pas si le film sera moins fin dans sa version américaine. Le film de Pascal Chaumeil, s’il n’est pas parfait, a un vrai charme, une perception. Il a été tourné sur le vif : c’est le film d’un moment. Vouloir recréer une fraîcheur, une humeur, est particulièrement difficile. Faudra-t-il que la reconstitution soit fidèle aux petites erreurs de l’original pour conserver la même fébrilité, la même spontanéité ? Je suis pressé de voir ce que cela va donner. Mais je ne me fais pas trop de soucis quand même. Les américains sont doués et capables de tout. Le sens du rythme, l’efficacité du thriller, sont leur fort. La seule restriction que je peux émettre à l’idée d’un remake, même si ce projet ne m’implique pas directement, concerne le temps. Peut-être est-il un peu tôt pour se lancer dans un remake. J’aime voir des réadaptations quelques années après la sortie de l’original, pour laisser au film de temps de murir, d’être digéré.

Etes-vous déjà sollicité par des producteurs américains ?

Romain Duris : Oui, mais jusqu’à présent, rien ne m’a convaincu. Je regrette qu’on ne me propose que des rôles de French Lovers qui ne m’intéressent pas. Ce que j’aime dans un personnage, c’est sentir, à partir du scripte, qu’il peut évoluer. Sentir qu’il reste un peu à créer, que je vais pouvoir mêler à la personnalité du personnage un bout de ma personnalité.

Si vous pouviez tourner avec un réalisateur américain, lequel choisiriez-vous ?

Romain Duris : Il y en a tant… Si je suis mes rêves, je dirais les frères Cohen, James Gray et Martin Scorsese. C’est vrai, après tout, on peut rêver.

Quelle est la comédie sentimentale américaine qui vous a influencé ?

Romain Duris : « La vie est belle » de Franck Capra, sans hésiter.
Qui sont vos mentors dans la profession ? Qui vous a appris votre métier ?

Romain Duris : Dans l’ordre : Klapisch, Audiard, Honoré et Chéreau. J’ai beaucoup de chance, j’ai tourné avec des réalisateurs qui m’ont tous allumé !

Quelle est votre actualité ?

Romain Duris : En ce moment, je répète au théâtre la pièce de Koltès, mise en scène par Patrice Chéreau, « La nuit juste avant les forêts ». L’année prochaine je tournerai dans le nouveau film de Pascal Chaumeil « Vivre, c’est mieux que mourir ».

La municipalité de Brooklyn attaquée en justice par deux synagogues

Cet été, le maire du quartier de Brooklyn, Marty Markowitz, aura sué plus que ses confrères new-yorkais. Son projet de création d’un amphithéâtre à Coney Island, dans le cadre des concerts gratuits de l’Asser Levy Park, fait l’objet d’une polémique politico-religieuse. Deux synagogues ont porté plainte contre la municipalité fin juin pour enfreinte à la Loi contre le bruit. Les plaignants entendent ainsi faire annuler les concerts en plein air et le projet de création d’amphithéâtre.

Crescendo de voix

Les concerts gratuits de l’éclectique festival Seaside Summer, organisé sous l’impulsion de Marty Markowitz depuis dix neuf ans, réunissent plus de 10 000 aficionados par an. Ce festival familial, situé dans L’Asser Levy Park, fait le bonheur des amateurs de pop, rock et salsa. Mais la communauté juive de Brooklyn-sud ne l’entend pas ainsi : les festivités perturbent son shabbat et l’exercice de ses services religieux. Si l’hostilité de la communauté à l’égard des concerts était constante ces dernières années, l’annonce faite au mois de mai de la construction d’un amphithéâtre capable d’accueillir 8 000 personnes dans l’Asser Levy Park, a fait l’effet d’un détonateur.

Cent cinquante manifestants réclamant l’annulation du projet se sont réunis à Coney Island le 16 mai. Une pétition contre la construction de l’amphithéâtre a circulé dès le mois de juin. En juillet, l’affaire a pris une tournure judiciaire : le défenseur des droits civiques Norman Siegel a porté plainte au nom des synagogues Temple Beth Abraham et Sea Breeze Jewish Center contre la municipalité de Brooklyn. Les deux fautes invoquées concernent le dépassement de la limite des décibels autorisés depuis la création du festival (15 décibels au lieu de 10) et le non respect de la distance minimale entre les concerts et les lieux de culte (106 mètres au lieu des 152 autorisés). La plainte de Siegel fait donc valoir l’illégalité des concerts organisés par le Marty Markowitz depuis 19 ans ! Le concert latino du 26 août s’est joué en sourdine, en attendant la décision de justice.

Marty Markowitz, qui affichait une humeur détachée devant la presse au début de l’été : « sommes-nous tous devenus puritains ? », voire provocatrice « les membres de la synagogue ne sont pas des avocats ! », refuse de s’exprimer depuis.

Les sirènes du pouvoir

Beaucoup de bruit pour rien ? Pas forcément. La querelle autour des concerts de Coney Island révèle des problèmes de vie sociale et politique aux enjeux profonds.
Il n’y aurait certainement pas eu de telles cacophonies si Michael Bloomberg n’avait pas modifié la loi contre le bruit pour secourir son ami Marty Markowitz. Quand Markowitz s’est tourné vers le maire de New-York le 25 juin, après les premières plaintes contre les concerts, Bloomberg a fait le choix de retirer temporairement la clause sur les 152 mètres de la loi contre le bruit. Cette décision a aussitôt été dénoncée comme un geste de favoritisme politique et d’abus de pouvoir. Or, Bloomberg avait fait savoir dès sa réélection en 2005, qu’il entendait se rapprocher de la communauté juive. L’été 2009 lui avait d’ailleurs donné l’occasion d’honorer sa promesse : il avait validé le retrait réclamé par la communauté juive de Williamsburg de la piste cyclable de Bedford Avenue. Selon les associations de défense de l’environnement rattachées à la mairie, l’argument sécuritaire du lobby juif dissimulait en réalité une prise de position morale contre le passage de femmes dénudées en vélo. L’été 2010 risque bien d’effacer la faveur de 2009.
Aucun des médias ayant couvert l’affaire n’a mentionné la question sous-jacente de la séparation des pouvoirs publics et de l’Eglise, question dont les Français se seraient immanquablement emparés. Les lobbys religieux peuvent-ils décider de l’aménagement urbain et de la politique culturelle d’une ville ? Seuls quelques internautes ont enfilé le bonnet républicain : « Et la séparation de l’Etat et de l’Eglise dans tout ça ? » s’exclame Steve sur thebrooklynpaper.com. « Les sirènes stridentes des synagogues retentissent violemment tous les vendredis après-midi, et je n’entame pas un procès ! », rajoute Tom. Le Brooklyn Paper, qui a publié 7 papiers en 3 mois sur cette affaire, est accusé par le Gothamist de prendre partie pour la communauté juive. Dans un article sur la controverse entre la communauté juive et Marty Markowitz, le New York Times titrait le 15 juillet : « Bringing Fun to Brooklyn! ».

lundi 23 août 2010

Les oiseaux ne chantent pas la nuit

Cet été, Hollywood s’est installé à Denmark, dans le Maine. L’actrice Karen Black, qui vient de fêter ses 71 ans, a pris la route vers l’Est pour tourner dans son 145ième long métrage. Film indépendant réalisé par Jamie Hook, How Life Should Be (titre provisoire) traite de la réunion fortuite dans une forêt entre une mère (Karen Black), sa fille (Sarah Paul), sa petite fille (Ivy Hook). Notre équipe a assisté au tournage de ce film onirique, rythmé par les humeurs de la flamboyante Black, aussi précieuse que baroudeuse.

Karen Black. Son nom résonne comme une légende du cinéma. Pourtant, certains – jeunes - Européens ont du mal à la situer. Si elle n’a pas décroché de rôles véritablement premiers, Karen Black a une filmographie à faire pâlir les divas d’Hollywood. Elle a tourné tous les ans, sans exception, depuis 1959. Parmi ceux qui l’ont dirigé, on compte : Francis Ford Copolla, Dennis Hopper, Arthur Miller, Alfred Hitchcock. Un coup d’œil à son visage si particulier (synthèse entre les traits de Lea Massari et de Fanny Ardant) nous rappelle qu’elle donne la réplique à Charlton Heston dans 747 en Péril, à Jack Nicholson dans Easy Rider et Five Easy Pieces (nomination aux Oscars), à Omar Sharif dans Crime et Passion, à Robert Redford dans le mythique Gasby le magnifique… Elle parfait le casting de Nashville de Robert Altman en 1976, en interprétant l’inoubliable chanson de country « Memphis », d’après sa propre composition. En 1979, elle tourne dans L’invasion des Piranhas qui fait d’elle une star (stigmatisée ?) du film d’horreur : La vengeance des monstres en 1987, La maison des milles morts en 2003, etc... Elle ne boude pas, non plus, les séries télés (apparition dans Deux flics à Miami en 1989 !).

Quand Karen rencontre Louise

En 2010, Karen Black choisit de donner vie à Louise, personnage coloré, imaginé par la femme du réalisateur, l’auteur Sarah Hook. Pour prendre le temps de se muer en Louise, Karen s’est rendue sur les lieux du tournage de How Life Should Be deux semaines à l’avance et s’est faite appeler Louise par l’équipe du film. « C’est du Louise tout craché !», s’est-elle exclamée à plusieurs reprises, à propos de son double. Le scénario oppose Louise à sa fille, Holly. Holly, incarnée par la tonique Sarah Paul, reproche à Louise de l’avoir abandonnée, plus jeune et se voit reprocher par sa propre fille Iris d’avoir caché l’existence de sa grand-mère… Le nœud narratif est un non-évènement : personne n’est venu à la réunion familiale annuelle dans la forêt, sauf Holly, Louise – étonnamment, puisqu’elle n’est jamais invitée – et Michael qui n’est même pas de la famille. Cet étranger romantique, interprété par le méticuleux Peter Pants, a utilisé l’invitation de son ex-petite amie qu’il veut demander en mariage. Il sera l’élément catalyseur d’une reconstruction. Ce prétexte narratif, presque absurde, permet en réalité d’observer le processus de rapprochement d’une famille, dans un lieu qui sert d’allégorie au foyer : la forêt. Près d’une maison tombée en désuétude, Holly, Michael et Iris font connaissance. Louise gravite autour d’eux, avec la malice et la fragilité des femmes épicuriennes qui portent le poids d’un échec sentimental. Quand on demande à Karen pourquoi elle a accepté ce rôle, elle s’anime : « le personnage de Louise m’émeut. Elle est si drôle. Je choisis toujours de jouer dans des films qui m’amusent ».

Le fard des stars

Sur le tournage, l’attention que Karen Black porte à ses yeux de lynx est saisissante. En dessinant les contours de son œil sur une feuille de papier, afin que la maquilleuse comprenne qu’il s’agit d’un art, elle donne forme à sa vanité : un trait noir, ondulant au-dessus des cils, doit allonger le regard ; de faux cils dissimulent cette courbe qui vient rejoindre une ligne inférieure tracée jusqu’à la pointe extérieure de l’œil ; une ombre noire, inscrite par un fin pinceau trempé dans une eau floutée, donne de la profondeur aux paupières... Son maquillage, masque de star qui a fondu sur le masque de femme, la fige. Karen Black donne l’impression d’être éternelle. Elle entretient son visage comme un trésor inca, restauratrice de sa propre figure mythique. Elle porte les cheveux longs, en cascade sur ses épaules solides de lionne californienne. Les odeurs de poudrier et de Cologne nous rappellent qu’un bout d’Hollywood a voyagé avec elle. Par moments, elle s’inquiète de sa bonne relation avec le réalisateur – éternel badinage entre les artistes et leur muse... Mais Jamie Hook fouette d’autres chats, avec la poigne qui fait de lui l’homme de la situation.

Ensorcelée par Karen, l’équipe technique s’efface quand elle arrive ; moins par servilité, que par curiosité. Elle va prendre des poses de professeur de yoga, chanter « Moon River », modifier le scripte, faire courir costumière et productrice… L’humeur de Karen Black est imprévisible. Mais quand elle décide d’être facétieuse, il lui faut moins d’un quart de seconde pour déclencher le rire en cernant intelligemment l’ironie des situations. Surtout, elle a le plus beau sourire du monde, qui fait qu’on l’aime instantanément, quand elle a décidé d’être aimée.

Un soir, après une semaine de tournage, fatiguée par les prises d’une scène éprouvante, Karen évoque sa rencontre avec un oiseau : « Une nuit, au fond de mon jardin de Los Angeles, un oiseau est venu siffler des chansons. Vous savez, les oiseaux ne chantent pas la nuit. Il était venu pour moi ». Puis, tendrement, elle se met à pleurer. « L’oiseau est mort dans mes mains, j’ai fermé ses yeux ». Un silence se fait. L’énigmatique Karen Black est-elle une éternelle enfant ou une poétesse aux regrets métaphoriques?

vendredi 20 août 2010

Extrait de L'été, Albert Camus

Les villes que l'Europe nous offre sont trop pleines des rumeurs du passé. Une oreille exercée peut y percevoir des bruits d'ailes, une palpitation d'âmes. On y sent le vertige des siècles, des révolutions, de la gloire. On s'y souvient que l'Occident s'est forgé dans les clameurs. Cela ne fait pas assez de silence. Paris est souvent un désert pour le coeur, mais à certaines heures, du haut du père-Lachaise souffle un vent de révolution qui remplit soudain ce désert de drapeaux et de grandeurs vaincues. Ainsi de quelques villes espagnoles, de Florence ou de Prague. Salzbourg serait paisible sans Mozart. Mais, de loin en loin, court sur la Salzach le grand cri orgeuilleux de don Juan plongeant aux enfers. Vienne parait plus silencieuse, c'est une jeune fille parmi les villes. Les pierres n'y ont pas plus de trois siècles et leur jeunesse ignore la mélancolie. Mais Vienne est à un carrefour d'histoire. Autour d'elle retentissent des chocs d'empires. Certains soirs où le ciel se couvre de sang, les chevaux de pierre, sur les monuments du Ring, semblent s'envoler. Dans cet instant fugitif, où tout parle de puissance et d'histoire, on peut distinctement entendre, sous la ruée des ascadrons polonais, la chute fracassante du royaume ottoman. Cela non plus ne fait pas assez de silence.

Gaspard Ulliel : L'odyssée d'une fossette

Un coup d’œil à la filmographie de Gaspard Ulliel rend silencieux : débuts télévisuels à 13 ans aux côtés de Sandrine Bonnaire, 16 long-métrages depuis, la réplique à Emmanuelle Béart, Isabelle Huppert, Vera Farmiga, de nombreux tournages à l’étranger (« Un barrage contre le Pacifique », « The Vintner’s luck », « Ultimatum »…). Le césarisé meilleur espoir masculin de 2005 appelle, cinq ans plus tard, Scorsese par son petit nom. Ils viennent de tourner, ensemble, le nouveau film publicitaire de Chanel pour le parfum Blue. Et Gus (Van Sant) est un bon ami. A-t-on le droit de fricoter avec les dieux ? L’hybris des Grecs, c’est fini, on peut sortir de sa condition aujourd’hui ?
Voyage d’une terrestre dans le ciel d’Ulliel…


Quatre tournages en un an et une montée des marches à Cannes. Absolument… démiurgique ! « Le film de Bertrand Travernier m’a permis de renouer avec le cinéma d’auteur et j’en avais besoin » confie Gaspard Ulliel. La princesse de Montpensier, en compétition officielle, sera diffusée aux Etats-Unis (le distributeur IFC a acheté les droits). « Les films en costume s’exportent bien » s’amuse-t-il, « c’est pourtant un film très français ».

La publicité pour le nouveau parfum homme de Chanel, dont Gaspard Ulliel est le nouvel ambassadeur, sera diffusée en septembre. Le film publicitaire va faire sensation. Derrière la caméra, le fascinant Martin Scorsese. La bande-son ? Les Stones. Tournage à New-York, par une équipe « incroyablement pro, digne d’un long-métrage, dirigée par le chef opérateur qui a conceptualisé l’image de La leçon de Piano, Stuart Dryburgh ». Ce qui l’a poussé à accepter ? « J’ai décliné toutes les autres offres de maisons de parfum. Mais Chanel et Scorsese, ça ne se refuse pas ». Comment il est, Martin Scorsese ? « Drôle et sympathique. Il écrit tout : storyboard, notes d’intention, mouvements de camera, découpages, tout est carré ! ». Et le spot ? « Le film a une vraie énergie, est très accrocheur, visuellement c’est tout simplement magnifique ».

Les parents de Gaspard Ulliel, stylistes, lui ont communiqué le goût des belles formes. « J’aime bien m’habiller, même si je n’en fais pas une obsession ». En effet, ses apparitions dans le rôle de mannequin semblent à la fois naturelles et fugaces. Le roi de la maroquinerie, Longchamps, avait déjà craqué en 2008 pour les lèvres lippues de l’acteur, son corps rond et musclé qui contrastait à merveille avec l’élégance tendue de la fidèle égérie, Kate Moss. Le making of du shooting au café de flore, romantique à souhait, laisse perplexe : on ne sait plus si on est jaloux d’elle, de lui, des deux, de leurs maquilleuses… En mars 2010, Paolo Roversi le shootait pour le New York Times. Ambiance crooner américain, petite moustache, large trench.

Je l’observe défaire le fil de sa carrière, appliqué, soucieux de bien dater le début du tournant international. Dès Un long dimanche de Fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, tourné en partie aux USA, il tisse des liens avec ce pays, rencontre des agents, voyage. « Le rôle d’Hannibal a boosté ma notoriété en Amérique ». Je l’observe situer les De Van, Blanc, Webber, Jeunet et autres inspirateurs dans l’histoire de sa vie ; comparer ses mentors Otmezguine et Téchiné, au travers d’hommages sincères ; faire le lien entre rencontres fortuites et rencontres professionnelles, s’en amuser. Mon observation chemine vers le constat suivant : voilà un Apollon bien abordable.

Gaspard Ulliel n’est plus le titi mutique des écrans parisiens. Voix rauque d’ « Hannimal », mâchoires carrées, cheveux plaqués en arrière… Le petit Manech façonné par Jeunet a dorénavant l’allure d’un homme – l’homme du genre rital au visage pâle qui peut faire des dégâts au cœur. Sa jeunesse au vitriol, un quart de siècle derrière soi, Gaspard Ulliel pense à la réalisation. Un moyen de renouer avec ses premières amours qui l’avaient poussé à entamer des études de cinéma à l’université de Saint-Denis. Si le temps sert de gouvernail, il étiole aussi la confiance ; avec la maturité, viennent les doutes : « j’y pense, j’écris, mais je ne me sens pas encore prêt ». Gaspard Ulliel se dit trop perfectionniste. Il le dit en souriant et sa fossette prend vie. Fine et nette, tracée à la lame, elle est une marque de nudité qu’il porte comme un bijou.

Le fait qu’il reconnaisse sans ambages de possibles erreurs de parcours lui donne une longueur d’avance : « j’ai voulu toucher à tout, aux films pointus qui donnent du galon et aux films plus grand-public. Je me suis peut-être planté, les gens du métier ne savent plus où me placer. J’ai fait le pari que la notoriété permet ensuite l’exigence dans le choix de films ». Il s’emballe, légèrement : « Il faut bien la gagner cette notoriété ! C’est un équilibre subtil fait de compromis. Maintenant, j’essaie d’avoir plus de rigueur, comme Sean Penn que j’admire pour ses choix assurés et son parcours sans faute. C’est plus facile aux Etats-Unis, les familles cinématographiques sont moins définies, il y a plus de liberté d’action, on est bien moins vite catalogué ».

Je découvre que les dieux de l’olympe peuvent être écorchés. Dans le petit salon aux volutes de velours de l’Hôtel Particulier de Montmartre, une musique douce nous délasse. Il poursuit sur la réalisation : « Je pense produire un scénario original. Si je devais adapter, ce serait de la littérature ancienne, non contemporaine. Je voudrais faire quelque chose d’intime, sur l’humain ».

Derrière le fantasme, derrière le mannequin, le beau-gosse à la bouche gourmande, il existe un homme aux sensibilités aigues et à la passion fouillée. Cinéphile, amoureux de Tarkovski et Bergman, Gaspard Ulliel aimerait tourner avec James Gray et Paul Thomas Anderson, deux cinéastes modernes aux univers forts et aux styles affirmés. Il tire son chapeau devant Leonardo Dicaprio, dont l’intelligence insaisissable lui a permis de se dévêtir des habits de jeune poupon et d’explorer des terres autrement plus variées : « Dicaprio est un modèle générationnel. Il parait qu’il écrit des préfaces de livres d’art contemporain. J’aimerais beaucoup discuter avec lui ». Enfin, il fait la révérence devant la soyeuse Kate Blanchett, dont il est « le premier fan ». Et si Kate le lui demandait, il habiterait aux States ? « Pourquoi pas. New-York me prend par les tripes, il se passe quelque chose dans cette ville. Scorsese rend très bien compte de cette impression dans « After Hours ».
La déité sera new-yorkaise ou ne sera pas !

samedi 29 mai 2010

Fabrice Dupont : itinéraire d’une oreille pure


Fabrice Dupont, c’est le mythe du self-made man à lui seul. Originaire de Clichy, ce fou de musique possède aujourd’hui les studios Flux - temple de l’enregistrement à New York - et remixe l’hymne de la coupe du monde avec Shakira et les stars africaines Freshlyground.

Fabrice Dupont crée son premier label à 16 ans. Il produit en banlieue parisienne des jazzmen locaux, dont l’organiste Emmanuel Bez et le groupe MAM. Exilé à Boston, diplômé de Berklee, il intègre une boite de multimédias, rencontre sa femme et obtient sa carte verte. En 1998, il produit l’album de son groupe : les Honey And The Bees. Ambiance « Rock/Hip-Hop cassé ». En 2000, il pose ses valises dans un 30m2 à Manhattan, dans l’immeuble légendaire où les Stones, les Black Crowes et les Strokes ont enregistré. Good vibes. Les Honey And The Bees, rebaptisés Slant, sortent leur deuxième album en 2002. « Dix ans trop tôt, ou trop tard », confie aujourd’hui un Fab tanné par les exigences de la production musicale. « Le style était à contre-courant ». Qu’importe, sa technique intéresse. Il rencontre Graham Hawthorne, ange-mentor qui lui ouvre les portes du show business. Il mixe des morceaux pour Marc Ronson et décolle pour de bon en 2007 lorsqu’il mixe pour Jennifer Lopez. Il rachète le bail du studio au 154 2nd Street. Depuis, des noms comme Les Nubians ou Bebel Gilberto lui sont rattachés. Et John Hill, producteur de Shakira, vient de lui confier le remix de l’hymne de la coupe du monde – pour le compte de Sony Music Africa. Quand on demande à Fabrice, jeune papa qui n’a pas eu de vacances depuis 5 ans, si le travail est la clé du succès, il sourit. « Le travail et l’oreille candide ».

jeudi 29 avril 2010

Coup de coeur DVD : You, The Living

You, The Living fait de brèves intrusions dans la vie d’une femme dépressive, d’une groupie triste, d’un couple qui s’engueule, de musiciens du dimanche, d’un laveur de carreau, d’un coiffeur… et de quelques autres « vivants ». Patchwork insolite de destins non héroïques, le film de Roy Andersson ne peut pas être enfermé dans un synopsis.

La mort rode auprès des vivants qu’observe Andersson : la scène de l’enterrement le matérialise, ainsi que l’allégorie beckettienne de la cloche que sonne un barman pour inviter ses clients à passer leur « dernière commande »… Et, parce que les tragédies humaines sont en réalité souvent loufoques, la mort côtoie l’humour. Le film réserve quelques francs fous rires.

Les choix artistiques d’Andersson servent un paradoxe original : les personnages, véritables automates, se révèlent aussi bouleversants d’humanité. Les décors foisonnent de détails de vie, les couleurs pastel renforcent le sentiment de lassitude et de flegme des « vivants », la bande-son crie leur vide intérieur... Mais la caméra, distante, ne s’approche jamais du visage des acteurs et donc, finit par les uniformiser. Ce procédé prive le spectateur du réflexe d’empathie. Le constat de l’échec du vivre ensemble est rendu froidement.

Jacques Tati, Luis Buñuel, les Monty Python, Ingmar Bergman… La critique a attribué toutes les influences à l’énigmatique Roy Andersson, qui ne manque pourtant pas de style. Osons, pour participer à cette cacophonie cinéphile, le parallèle avec Emir Kusturica, dans leur choix partagé de traiter la mort par l’absurde et en musique. Singularité d’Andersson : la raideur de ses plans. Tellement raides, qu’ils évoquent des tableaux surréalistes. Le surréalisme est respecté jusque dans l’onirisme. Les scènes de rêve, racontées sous forme de monologues, sont l’occasion d’éclats poétiques (comme lors du mariage, dans le train).

Les phrases suspendues, les déchirements tamisés, les absurdités, les rendez-vous ratés, l’impunité des petites ignominies filmées, laissent un certain goût amer. Surtout lorsqu’Andersson livre sa vision du sauvetage humain : son atomisation. Mais le malaise est vite rattrapé par la certitude d’avoir rencontré un nouveau maître de l’universel.


Sortie DVD aux Etats-Unis, mars 2010

mercredi 28 avril 2010

Charlotte Gainsbourg aux US : leçon de dignité

La tournée américaine de Charlotte Gainsbourg s’est achevée au Webster Hall de New York le 25 avril. On y était, on a aimé. A quand son prochain album ?

Sincèrement, sans être mièvre, quand Charlotte Gainsbourg entre sur scène, quelque chose se passe. Exposée, sous les projecteurs, elle reste la fille évanescente, fragile et discrète que le cinéma nous a fait découvrir. Mais avec un supplément de charme : celui de la détermination. Une allure, sorte d’entêtement physique à ne pas vouloir céder à l’intimidation de la foule, la rend menaçante.

Elle attrape le micro et attaque avec l’opus Beck. Le public, majoritairement français, crie son nom. Inconsidérément. Parce que franchement, disons-le, sur les 2-3 premiers morceaux, elle n’est pas très sonore Charlotte. Les plus médisants diront qu’elle chante faux, parfois. Mais méfions-nous des désaccords et dissonances voulus par l’expérimental Beck, qui font d’ailleurs l’originalité de l’album… Heaven can wait la réveille, nous aussi.

Etrangement, l’émotion de sa voix transparait mieux dans l’interprétation de son précédent Album, façonné par Air. Le live offre des arrangements nouveaux à ces chansons plus mélodieuses. Les musiciens sidèrent de perfection, les arrangements sont hyper sophistiqués, les instruments se succèdent, insolites (carillons, maracas…), entêtants. Décidemment, Charlotte Gainsbourg est bien entourée.

L’émotion s’intensifie quand la belle rend hommage à son père, en revisitant Hotel Particulier de l’album Melody Nelson. Le gène est intact. Sauf que l’excès du Poinçonneur des Lilas, elle l’a transformé en retenue digne. Vêtue d’un pantalon en cuir, elle rougit souvent. Son aura transperce véritablement dans la deuxième partie du concert. Remerciements bien sentis, poses plus alanguies, clin d’œil à Bob Dylan... Les hommes du public, littéralement envoutés, plissent les yeux.

Le spectacle finit sur un "Couleur café" américanisé par l’accent de la divine Nicole qui accompagne Charlotte à la voix. Chanson dédicacée aux enfants et à la mère de l’artiste, dont on aperçoit le haut du crane à droite de la scène. Jane Birkin, sa fille prodige et ses petits enfants rentreront tous à Paris le lendemain, en famille.

samedi 17 avril 2010

L'école du chill à Williamsburg

Encore un jour où enfiler le jean s’avère impossible. Un jean c’est épais, ça pince les poils des jambes mal rasées, ça ne laisse pas respirer la peau entretenue au lait de rose naturel. Je saute dans mon sari en toile de lin indonésien, me calotte d’un chapeau Annie Hall et file dans les rues alanguies de Williamsburg, Brooklyn.

Amis hipsters bonjour, ou plutôt bonne après-midi. Laissez-moi voir comme vous êtes tous bien relax, tous nés comme ca, la marguerite à la bouche dans un bac en faux sable. J’achète un jus de carotte-cèleri et tire vers l’East River Park, épicentre mondial du phénomène bobo.
Les chiens sont de rigueur, le poil laminé par trop de prélasse en appartement, mais la mine rougie par les multiples possibilités qu’offre cette sortie au parc. Des chiens de tous partis, de toutes orientations, de toutes factions, des chiens ambiance Melting Pot. A côté des toutous-rois, trônent les gamins. Emballée dans des linges épais - non lavables en machine – et posée sur une poussette en bois, la nouvelle génération green crachote tranquillement son lait bio caillé.

J’étale mon drap spécial bronzette, déchausse mes tatanes brésiliennes d’homme et m’abandonne au bruit rassurant des conversations humaines. Au loin, se rapproche le vendeur de glace. Bientôt sa musique de pédophile va titiller mes papilles et je serai obligée de lui acheter un cornet. Lieu de socialisation ambulant, le camion de glace réunit les deux principes cardinaux de la consommation américaine : prix élevé et qualité médiocre. Mais qu’importe, manger une glace c’est chill, soyons chill.

A côté de moi, un groupe de jeunes devise sur l’intérêt de se rendre au Rubulad le soir même. Les réticents invoquent le côté has been du lieu. L’underground a ses codes et le renouvellement en flux tendus des lieux de défonce en est un. A tel point qu’un PMU lambda a de bonnes chances d’être investi un beau jour par la faune underground, érigé au rang de spot cultissime pendant un mois, puis délaissé le mois suivant pour les faveurs d’un autre troquet plus paillasse. C’est ainsi que les américains laissent une chance aux débutants. Les moins blasés plaident la beauté de l’innocence des derniers rencardés qui viendront ce soir – honte suprême – pour la première fois faire claquer leurs derbies sur le sol du « Rub ».

C’est qu’à Williamsburg, on est vite un cancre du chill. Moi, par exemple, il y a quelques mois encore je ne recyclais pas mes règles ! Si si, je faisais encore la vieux jeu à gober des tampons tant et plus, à me tartiner de couches culottes obèses, alors que le keeper et sa douce coupelle me tendaient silencieusement les bras. J’ai compris également qu’acheter des légumes chez le légumier est du plus mauvais goût. Il faut se rendre à la source, là où le légume est cultivé. Certains bio-agriculteurs proposent même à l’acheteur, heu à l’usager, de venir cultiver son aubergine soi-même. La décroissance à quatre-pattes, un programme qui aguiche.

Un peu plus loin, sur la bute d’ordinaire réservée aux concerts néo-undergrounds, un autre groupe géant de jeunes dandies se donne en spectacle. Ils ont installé un lecteur de vinyle qui passe de la musique classique, sont tranquillement attablés et guindés dans des accoutrements d’une autre époque. Mais oui, bien sûr, j’ai entendu parler de ce concept – un poil tard comme d’habitude. Ces nostalgiques font revivre les toiles de Manet en organisant, en costumes, des « déjeuners sur l’herbe ». Ils ont même disposé un lit à baldaquin sur la pelouse qui sert de boudoir bucolique. C’est beau à en chialer. Je réprime une giclée de vomi qui remonte. Je pense à ce qui se passe en Tchétchénie. Merde, sois un peu plus chill bon sang. Chill, voilà, comme ca, chiiiiiiiiiiill.

Un ami américain me rejoint. Il fabrique des barreaux de chaises dans un atelier d’artistes à Bushwick. Il est très respecté de ses pairs. Il boit une bière cachée dans un papier marron. La police ne doit pas savoir qu’à 28 ans, il s’envoie une bière light sur le coup des 17h. Je lui demande ce qu’il compte faire plus tard. On ne dit pas « ce soir », mais « plus tard », parce que le temps est un cycle sans finitude.

Il m’invite à un barbecue végétarien dans le quartier juif. Il précise que je devrais me couvrir les bras et la tête. Merde, c’est chill ça ? Je hasarde un : c’est obligatoire ? Non, c’est respectueux de la tradition, c’est tout, m’explique-t-il. Bien sûr, la tradition c’est ancien, c’est vintage, donc c’est bien. Quelle idiote. Je pense à ce moment là à l’utilité d’un manuel du chill. Mais je me dis que si c’est moi qui l’écris, le bouquin aura un train de retard. Je fais part à mon ami de mon idée de manuel et de mon manque de savoir faire. Je lui propose d’être ma source. Il ne comprend pas ce qu’est le chill. Je réexplique. Toujours pas. J’insiste en montrant un papa pied nu qui croque dans un épi de mais au soja et une maman qui fait du yoga en maillot de bain. L’ami finit par lâcher : « si être chill c’est vivre, alors écris un manuel de vie ».


Petit lexique du chill :

Chill : signifie « décontraction » en anglais (chill out = laisse-faire)
Hipsters : nom initialement donné aux amateurs de jazz (au look soigné-négligé) et donné, par extension, aux bobos contemporains.
Rubulad : haut lieu de la night brooklynoise : 338 Flatbush Avenue. La soirée se passe dans un immeuble désaffecté, à l’entrée cachée, où des artistes sous LSD font des improvisations théâtrales au milieu d’une foultitude de danseurs habillés par American Apparel. A ne pas rater : le vendeur de drogue ambulant porte un gilet de sauvetage.
Keeper : réceptacle à menstruations
http://www.keeper.com/

vendredi 16 avril 2010

L'affaire Jesse James


Fallait pas étaler son bonheur comme de la confiture !!!!

Deux semaines après avoir obtenu un Oscar pour son rôle dans The Blind Side, Sandra Bullock fait à nouveau la une des tabloïds américains, mais cette fois comme Best Cocue of the Year. Son casanova d’ex-pimp, Jesse James, l’aurait trompé avec au moins 3 Romy Schneider aux fesses tatouées. Génial, la boite à cons se remplit toute seule.

Un nouveau serial cheater fait des émules aux pays des donuts : Jesse James a trompé la favorite des américains, Sandra Bullock, avec la féline streepteaseuse sadomasochiste Michelle Mc Gee. Michelle a ramassé 30 000 dollars pour sa confession aux gracieux journalistes de Star. Depuis, c’est l’escalade. La non moins sublime Melissa Smith a saisi elle aussi l’occasion de publier ses mémoires : ses échanges sms avec Jesse sont disponibles en ligne (notez que le pseudo de James laisse pantois : Vanilla Gorilla). Le 18 mars, Jesse James a du s’excuser publiquement pour son comportement de gros lard compulsif, et vous connaissez la musique, il va bientôt finir dans un centre pour dégénérés de la verge, affichant un minois de repris de justice en rédemption, il va cracher des millions à son avocat...

La vraie question qui devrait faire débat : lequel des deux, Tiger Wood ou Jesses James, a agit avec le plus de panache ?

Tiger Woods a 2 enfants, Jesse James en a 3. La femme de Tiger Woods était enceinte de son deuxième enfant quand il l’a trompée, Sandra Bullock serait enceinte de son premier enfant en ce moment même. Laquelle des deux histoires sent le plus les égouts ? Nous sommes descendus dans la rue, demander l’avis de celui que l’on a bafoué sans vergogne, de la vraie victime de ces scandales sexuels : le peuple américain.
(Dès 6'35)

L’affaire Tiger Wood

Vous avez certainement eu vent des méandres sexuels de l’homme à la canne agile, du meilleur viseur de trous au monde, du tigre des bois : Tiger Wood. Les infidélités du champion de golf ont fait le tour du monde ces quatre derniers mois, ainsi que sa tête de chien battu implorant le pardon face à une presse américaine qui se déchaine. Je pourrais baver le discours suivant : ce scandale est révélateur de l’état d’esprit américain, de l’hypocrisie ambiante, du voyeurisme masochiste couvert par un puritanisme opportuniste.

D’abord je prendrais le risque de vous perdre. Mais surtout, je voudrais que la Boite à cons soit concrète. Allons chercher la bêtise compacte, brute, la bêtise sous forme de pépites.
Prenons d’abord les protagonistes. Tiger Wood aurait trompé sa femme Elin avec une dizaine d’autres femmes depuis 2 ans (le National Enquirer offrait 18 maitresses au tigre avant hier, mais ce canard pêche par optimisme c’est bien connu). Les maitresses officielles sont : Jamie, Jamie (2 Jamies, joli coup le tigre !), Cori, Mindy, Rachel, Kalika, Holly, Joslyn, Loredana. Dois-je le préciser, toutes ont la grâce de Jackie Kennedy. Mindy est serveuse au Orlando. Elle confie aux autorités 2 informations clés : 1) avoir couché avec le tigre pendant tout le temps où sa femme était enceinte et 2) que le tigre n’aime pas porter de préservatifs. Holly et Joslyn sont 2 stars du X. Leur témoignage permet de dater le premier faux pas du tigre, jeune marié : sa bachelor party. Oups, heu non, pas encore jeune marié. Loredana, et c’est ma préférée, est pute. Pute, tout simplement. Moi je trouve ca courageux d’être pute et d’oser mettre sa carrière en danger pour les besoins de l’enquête publique. D’ailleurs je pense que pour le film qui sortira dans 10 ans sur la vie de Tiger Wood, il faudrait chiader le personnage de la pute-confesse (pas qu’on fesse). Je pensais à Anna Nicole Smith. Mince, elle est morte. Le cinéma d’auteur américain perd tous ses talents.
Pour terminer avec les protagonistes, je vous invite à devenir également protagoniste de l’affaire Wood en allant sur le site The Hollywood Gossip qui propose de voter en ligne pour l’une des maitresses du tigre, votre préférée, celle que vous aimeriez bien, disons, emmener golfer.

Maintenant les faits : Tiger Wood se serait fait choper un soir de novembre par sa femme alors qu’il venait d’avoir, avec une des Jackie Kennedy susnommées pour copilote, un accident de voiture. Trop bête. Elin aurait perdu patience et frappé le capot de son mari avec un… un… un club de golf ! Pourquoi Adidas ne saisit pas l’opportunité pour faire de cette scène une pub me dépasse. Passons. Dans son très solemnel "discours officiel d’excuses publiques" (on attend toujours un mot de Dominique Strauss Khan), Tiger Wood dit NON à ses concitoyens. NON je ne suis pas battu par ma femme. Je vous propose d’écouter ce grand moment de rachat d’appareil génital masculin.

Cette partouze géante a une dimension financière. Tiger Wood aurait perdu dans les 80 millions de dollars, ce qui revient en cout équivalent à une décennie de consommation quotidienne de pute. Dommage. Est-ce une raison pour ne plus miser sur le tigre ? Pour le chroniqueur financier Nick Kapur, pas du tout. Sur le site Motley Fool, Nick remet en cause les décisions des sponsors du tigre (General Motors, Pepsi, Accenture…). « Si Tiger était une action, explique-t-il, je l’achèterais maintenant, pas parce que c’est un chouette type et pas parce que je me sens mal pour lui, mais parce qu’il est bradé. Il est un actif en solde, d’une valeur économique folle et prometteur sur le long terme ». Dieux seul sait combien doivent valoir les actions Bill Clinton aujourd’hui.

Pour finir, je répondrai à la question qui brule les lèvres de tout le monde ? Comment va le tigre aujourd’hui ? Et bien, je ne vais pas vous le cacher… mal. Vous n’êtes pas sans ignorer qu’il a été interné dans une clinique de désintoxication sexuelle. Mélangé avec ses pairs, les riches sexual addicted du Mississipi, le tigre avait des chances de reprendre du poil de la bête. Malheureusement, je descends ce matin acheter mes donuts au peanet butter et je tombe sur la première page du National Enquirer qui me plonge dans un désarroi total : Tiger cheated in Rehab, Le tigre a trompé dans la clinique. Le cochon, il a du secouer une infirmière. J’achète 4$ ma bible, je tourne les pages, j’apprends au passage que Fergie est enceinte de Josh Duhamel, et découvre que Tiger cheated in Rehab… en refusant d’admettre son addiction, en arrivant en retard aux cours et en refusant de prendre des cachets. L’article, de 4 pages, dénonce l’attitude criminelle de réfraction à la réduction de pulsions sexuelles. Et en Europe on commercialise le Viagra pour femme. Faudrait se mettre d’accord dans les laboratoires !!! On fait bander la population ou on lui réduit le kiki en bouillie ?

La boite à cons : raisons d'etre

Qu’est-ce que la boite à cons ? Ouvrons-la pour voir. Qu’est-ce qu’on y trouve ? Des américains, bien sur. Pourquoi des américains ? Parce que la mauvaise foi est l’un de mes commandements et que critiquer un pays dans lequel on a délibérément choisi de s’installer est un excellent principe de mauvaise foi. Deuxième raison, plus ronflante, je trouve que l’antiaméricanisme culturel « renseigné » a perdu de sa superbe. Les dénonciations contre les fast foods, la télé-réalité, l’hyper-production de films débiles, ont baissé d’un ton ces 5 dernières années. Et pour cause : le mode de vie américain s’est bien exporté, a bien été assimilé, bien digéré par notre génération goulue de consommation. Franchement, est-ce qu’une pétition contre Mac Donald glanerait beaucoup de signatures aujourd’hui en France ? C’est un débat d’arrière garde. Même si l’on est contre la culture américaine (apanage des milieux élitistes ?), on ne milite plus activement contre elle. C’est une simple posture, convoitée bien souvent par les artistes.
Donc l’anti-américanisme semble s’être déplacé vers des terrains plus populaires, plus consensuels : contre Bush, contre Guantanamo, contre les premiers pollueurs au monde, contre les tenants du capitalisme (si on appartient à la frange révolutionnaire en voie d’extinction des altermondialistes). Mais la vaste mascarade états-unienne autour de la société du spectacle, l’obsession du divertissement et des loisirs, la culture de l’excès, ont cessé de faire l’objet d’une critique vive et argumentée.
La plus belle incarnation de cette critique est sans doute le film Nashville de Robert Altman. Ca tombe bien, c’est un américain qui critique les américains (he he, c’est ma caution non xénophobe). Rendons hommage à Altman, devenons de classieux anti-américains.

mardi 13 avril 2010

Le New-Yorkais, espèce saturée

Le New Yorkais est stylé, décalé, étranger, promu, rencardé, pressé, angoissé, impromptu, drogué, déjanté, second degré, bondissant, fumiste, passionné, bigarré, hilarant, déconcerté, bouleversé, de passage, fantaisiste et mélomane. Et oui, le New Yorkais est bel et bien saturé.
Ce constat m’est apparu mardi soir, après une aventure pour le moins épique sur la ligne L et un brassage névrotique de lieux communs au bar le Diamond.
Entre la 1st Avenue et Bedford, le tohu bohu du métro ramenait délicatement les usagers les uns contre les autres. Regroupement involontaire, inconfortable et moite, toléré pour le seul éparpillement qu’il augure. J’exerçais moi-même une légère pression, presque imperceptible, sur l’épaule de ma voisine de droite, debout au cœur de la rame. Nos manteaux de grosse laine se bécotaient subtilement. Le ralentissement du métro rendit la pression du contact plus évidente, bien que tout à fait raisonnable pour des inconnues. Tout au plus l’occasion pour nos mailles laineuses de sortir la langue. Mais cette nouvelle étape dans le rapprochement des corps chauds déclencha le redoutable déclic de saturation chez ma voisine.
La saturation du new yorkais est imprévisible. Elle est l’incontrôlable bascule vers son incivisme refoulé. La belle s’est écartée de moi, a soufflé entre ses dents, m’a foudroyé du regard. Ses tresses hippiesques se sont dressées, furibondes, gendarmesques. Je présentai à l’outragée un net pincement de lèvres, signe entendu d’excuses embarrassées. Trop tard, le vase était plein et j’avais provoqué son débordement. Quelle infamie avais-je commise ! J’en rougissais. Mais comment savoir à l’avance que ce vase-là était prêt pour la vidange ?
Pendant les deux longues minutes qui suivirent l’incident, la jeune femme, portrait craché de Gena Rowlands dans Gloria, irradiante dans son négligé sophistiqué, se débattit intérieurement pour ne pas m’abattre au milieu de la foule. Elle s’agitait, se retournait nerveusement, mesurant son pré carré, s’assurant qu’aucune masse anonyme ne viendrait lui voler le firmament presque éteint de son énergie.
Arrivées à Bedford, portées par la vague séditieuse des évadés de Manhattan, nous fumes propulsées sur le trottoir. Et je la vis disparaitre rapidement au coin de la 7ième , derrière le Thrift Store. Quand l’effleurement de l’autre devient insupportable, à quel degré de misanthropie en sommes-nous ?
Je pris le chemin du Diamond, situé entre Franklin et Meserole. Sarah m’y administrerait un verre de réconfort, servi avec ses mains de bonne mère. Mieux que cela, Sarah me présenta un ancien habitué du bar, tout juste revenu d’un voyage humanitaire au Tibet. Enclin à renouer avec le passé et à fêter son statut de rescapé, John me servit un verre. Quatre portos plus tard, nous débattions chaleureusement. Je suis française, j’aime débattre lorsque je bois.
Je prononçai de longs mots que je ne pensais pas connaitre en anglais, pressée par John-le-tibétain de justifier mon non-engagement humanitaire. « Ne penses-tu pas que prendre position dans un pays dont l’histoire et la culture nous échappe puisse être présomptueux ? Comment hiérarchiser les causes ? Pourquoi le Tibet et pas le Darfour ? ». John se mit à trembler d’énervement, à sautiller sur son siège (j’apprendrais par la suite que John était en phase de redevenir alcoolique). « Vous les Européens, bande de mous, ne nous donnez pas de leçons ! Il faut choisir un combat et le mener à bien, peu importe l’endroit. Putain, merde, tu n’vois pas ce qui se passe au Tibet à la télé, ça te suffit pas ? ».
C’est à ce moment que la vérité se pencha vers moi, depuis l’épaule frémissante de John. La démangeaison capiteuse ressentie par tous les new yorkais, cette énergie exaltante transmise par le sol de Gotham et racontée par tous les cosmopolites du monde – plutôt encouragée, entre nous soit-dit, par une consommation hallucinante de café –, cette palpitation des sens est très certainement la phase qui précède la crise de nerf. Voilà ce que les artistes viennent chercher à New York : les prémisses du craquage, l’énergie du tressaillement. Ne riez pas, la durée moyenne de stationnement du New Yorkais est de trois ans seulement ! Le troc d’appartements, c’est safe ?

Voyage dans l'éternité de Cartier Bresson

« La photographie est un couperet qui dans l'éternité saisit l'instant qui l'a éblouie »
Henri Cartier Bresson a marqué par son incomparable créativité la photographie du XXème siècle. Portraitiste visionnaire, photographe humaniste, il a consacré sa vie aux images et à l’information. Le MOMA offre – en collaboration avec la Fondation Cartier Bresson de Paris – la première rétrospective majeure de l’œuvre de l’artiste depuis sa mort en 2004. L’exposition s’envolera ensuite vers Chicago, San Francisco, puis Atlanta.
Après la seconde guerre mondiale, Robert Capa et Henri Cartier Bresson, à travers la formation de l’agence Magnum, avaient lutté pour la démocratisation du photojournalisme. En quête de connaissance, Cartier Bresson n’a cessé dès lors de combiner photographie et étude sociale.L’entrée de l’exposition donne le ton : les murs sont recouverts de cartes du monde sur lesquelles sont tracées en rouge vif les multiples pérégrinations du photographe. Le voyage au pays sans frontière de HCB commence, prenant aux tripes les nostalgiques des époques et des lieux.
Paris, 1968. Une première salle, aérée, sans lourdeur chronologique de procession, ouvre sur Paris et sa révolte : manifestations Place de la République et au Père Lachaise. Des photos d’une neutralité franche, sans parti pris. Les locaux de la BBC à Londres font leur apparition. Puis, les lieux et les impressions se mêlent : le Caire en 1950, le Michigan en 1960, l’Inde de 1947, l’Iran, l’Italie, la Turquie, l’Espagne, la Roumanie, le Nebraska...
Au milieu, quelques scènes bucoliques attrapées en Lozère, au Mans et dans le Vaucluse, suffisamment puissantes et animées pour qu’un français en exil s’imagine dans un film de Jacques Tati.
Une deuxième salle présente le reportage de Cartier Bresson en Chine lors du Grand Bond en Avant en 1958. Ce projet a connu un succès limité, alors qu’il a généré de véritables bijoux d’archives. Le coup de maitre du conservateur Peter Galassi, pour The Modern Century, réside justement dans le mariage subtil entre des œuvres dites majeures et d’autres très peu connues, même des experts. Le livre de l’exposition est d’ailleurs déjà considéré comme un ouvrage révolutionnaire dans l’histoire de l’art.
The Modern Century présente 300 photographies – dont 220 ont été prêtées par la Fondation Cartier Bresson, créée en 2002 – et resserre le lien étroit entre l’artiste et le musée qui l’avait accueilli en 1947.
Les princes… et les autres
Le luxe des artistes est le paradoxe. HCB en cultivait un de taille : l’amour du photojournalisme – avec une certaine idée de l’objectivité – et l’adhésion au procédé surréaliste d’embellissement du réel (rendre le monde plus surprenant qu’il ne l’est réellement). Cette conception de la photographie poussera HCB à produire certains clichés plus lyriques, assez peu connus : des femmes nues, lascives, recouvertes d’eau, des paysages romantiques au Japon, … Trésors que le MOMA livre au fil de la visite.
« La rue est un théâtre, nos gestes sont des histoires ». L’éventail des gestes que Cartier Bresson a photographiés est large. Son œil s’est posé sur des prostitués mexicaines et sur des princes anglais. Sur la pellicule de l’artiste se rencontrent Henri Matisse et Christian Dior, Richard Avedon et le Roi George VI, Francois Mauriac et Coco Chanel, Albert Camus et Truman Capote, Jean Paul Sartre et Madame Lanvin, Simone de Beauvoir et Georges Duhamel, Pierre Bonnard et Jean-Marie Le Clézio, Giacometti et Colette… Ces grands noms n’ont pas détourné HCB de sa curiosité pour l’homme de la rue. Dans la fugacité d’un cliché où un membre de l’académie française, rehaussé par son chapeau Napoléonien, croise sur le même plan un travailleur, se mesure la volonté de HCB de décrire la matière humaine plus que son ordre.
Autre preuve du scepticisme mondain de l’artiste : le traitement du discours du Général de Gaulle. La photo, prise à Aubenas, montre des petites vieilles entassées sur un escalier, crispées dans leur attention aux mots du Général.